Les syndromes rouges en dermatologie

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Une petite mise au point sur ces syndromes dermatologiques, qui ont tous pour point commun de donner une couleur rouge à une partie du corps. Hormis le syndrome de l’homme rouge, tous ces syndromes sont chroniques, permanent ou paroxystique. Certains sont des curiosités qu’il convient de connaître pour éviter les explorations inutiles (les paumes rouges de Lane par exemple), d’autres sont à connaître comme le syndrome des oreilles rouges, qui oui existe, et est douloureux et invalidant.

 

Les paumes rouges de Lane (ou erythema palmare hereditarium)

Les paumes rouge de Lane (ou maladie de Lane OMIM 133000) est un érythème palmo- plantaire congénital bénin, asymptomatique et stable dans le temps. Il est bilatéral, fixe, atteint les éminences thénar et hypothénar et la face palmaire des doigts, respectant plus ou moins le centre de la paume. Il atteint plus rarement les plantes. Il n’y a pas d’autres signes fonctionnels ou physiques particuliers. Il s’agit d’une curiosité bénigne probablement sous-estimée de transmission dominante. L’aspect est due a une disposition particulières des capillaires sanguins qui sont dilatés en boucles géantes, plus nombreux et disposés de facon parallèle à la peau. Les diagnostics différentiels des formes acquises comprennent principalement l’insuffisance hépatique, les collagénoses, et les médicaments vasodilatateurs. Aucun traitement n’est proposé.

 Lane JE. Erythema palmare hereditarium. Arch Derm Syphilol 1929;20:445—8.

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Paume rouge de Lane chez une patiente âgée. L’interrogatoire retrouve cet aspect connu depuis l’adolescence sans modification depuis. Notez l’aspect central de la paume épargnée et l’atteinte des éminences thénar et hypothénar. 

Le syndrome des doigts rouges («red fingers syndrome»)

Il s’agit d’un syndrome rapporté initialement chez les patients VIH (Pechere, 1996). Il a été rapporté dans le co-infection VIH – Hépatite C et puis plus rarement lors de l’hépatite C isolée.  Il se présente sous la forme d’un érythème bien délimité de la face dorse des doigts et des orteils. C’est totalement asymptomatique. On suppose que l’explication reside dans des alterations de la circulation cutanée des extrémités en raison de l’hépatopathie, des infections par le VIH et/ou le VHC, les injections de drogues IV et la presence d’une cryoglobulinémie circulante.

Pechère M, Krischer J, Rosay A, Hirschel B, Saurat JH. Red fingers syndrome in patients with HIV and hepatitis C infection. Lancet. 1996 Jul 20;348(9021):196-7.

 

Pour les maniaques, les causes d’érythèmes acraux sont résumés ici

  • Red fingers syndrome
  • Erythème acral nécrolytique
  • Lupus
  • Dermatomyosite
  • Engelure
  • Erythème acral médicamenteux
  • Syndrome en gants et chaussettes (Parvovirus B19 etc.)

 

Le syndrome du scalp rouge («red scalp syndrome»)

Alors ce syndrome, j’avoue qu’il me laisse un peu perplexe. Il est principalement mentionné par quelques auteurs allemands et danois à ma connaissance. Il s’agit de patients avec un scalp érythémateux résistant d’un côté à la corticotérapie locale et de l’autre aux traitements classiques de la dermatite séborrhéique.

Le scalp est prurigineux, picote ou brûle. On retouve également des papules, des pustules et des télangiectasies. Une alopécie androgénétique est possible. Ce syndrome toucherait les hommes et les femmes adultes.  La biopsie montre une inflammation périfolliculaire et une augmentation de l’expression du neuropeptide P. Pour certains, il s’agirait d’une forme extra-faciale de rosacée à traiter de la même facon (cyclines par voie orale, doses filées d’isotrétinoine et photoprotection indispensable).

Il faut cependant rappeler que la liste de dermatoses inflammatoires et infectieuses du cuir chevelu à éliminer avant de poser le diagnostic de scalp rouge est longue sans oublier les kératoses actiniques étendues et le fameux champ de cancérisation.

Oberholzer PA, Nobbe S, Kolm I, Kerl K, Kamarachev J, Trüeb RM. Red scalpdisease–a rosacea-like dermatosis of the scalp? Successful therapy with oral tetracycline. Dermatology. 2009;219(2):179-81.

 

Le syndrome de oreilles rouges

Le syndrome des oreilles rouges (« red ear syndrome ») est une affection neuro-cutanée méconnue car d’indivualisation assez récente (Lance, 1995). Elle se définit comme la survenue par des poussées paroxystiques de douleurs et de sensation de brûlures uni ou bilatérale de l’oreille externe. La durée des poussées ainsi que la fréquence et les facteurs déclenchants sont variables selon les patients. On distingue des formes idiopathiques de formes secondaires associées à diverses pathologies cervico-neurologiques pouvant affecter les branches C2 et C3 impliquées dans l’innervation de l’oreille  (arachnoidite, arthrose, syndrome thalamique, compression des racines cervicales etc.). D’autres auteurs considèrent ce syndromes comme apparentés au céphalées dites trigémino-autonomiques (algies vasculaires de la face, Short-lasting Unilateral Neuralgiform headache with Conjunctival injection and Tearing SUNCT). Le traitement est difficile et décevant. Il inclue les traitements antimigraineux, les infiltrations locales ou des gestes de dénervation. Les bêta-bloquants, les anti-dépresseurs tricycliques ou les inhibiteurs calciques.

Lance JW. The mystery of one red ear. Clin Exp Neurol. 1994;31:13-8.

Lance JW. The red ear syndrome. Neurology. 1996 Sep;47(3):617-20.

 

Le syndrome babouin (SDRIFE)

Le syndrome Babouin a été décrit en 1984 comme une éruption cutanée qui par son aspect clinique rappelait la région fessière, rouge, du babouin. Il a été rebaptisé il y a 10 ans de cela Symmetrical Drug-Related Intertriginous and Flexural Exanthema (SDRIFE). Il s’agit d’une forme rare et bénigne de toxidermie responsable d’un tableau d’eczéma à limites nettes atteignant les fesses et les plis le plus souvent associé à la prise d’un allergène par voie systémique.

Le délai d’apparition après la prise médicamenteuse est habituellement rapide, variant en général de quelques heures à deux jours, le plus souvent après une prise de bêta-lactame.

Andersen KE, Hjorth N, Menne T. The baboon syndrome:  systemically-induced allergic contact dermatitis. Contact Dermatitis 1984;10:97—100.


 

Le syndrome du scrotum rouge («red scrotum syndrome»)

Se reporter à mon billet sur Les hommes aux scrotums rouges

Le syndrome de l’homme rouge («red man syndrome»)

Le syndrome de l’homme rouge traduit une réaction d’hypersensibilité à la vancomycine. Elle survient dans les 10 premières minutes suivant la perfusion de vancomycine ou à la fin de cette dernière. Elle arrive le plus souvent lors de la 1ère perfusion si cette dernière est trop rapide (< 1h) . Cependant elle peut aussi bien survenir aprÈs plusieurs perfusions ou en cas de perfusion lente. Il se présente sous la forme d’un exanthème prurigineux de la face et du tronc parfois associé avec hypotension et angiooedeme. D’autres symptômes sont possibles comme une agitation, un inconfort, des céphalées, des frissons, des paresthésies péribuccale voire des douleurs thoraciques et une dyspnée. Dans la majeure partie des cas, la présentation est minime sous la forme d’un prurit évanescent.

La vancomycine n’est pas la seule responsable de cette réaction (ciprofloxacine, rifampicine, teicoplanine ou amphoptéricine B).

Le mécanisme est probablement une histamino-libération. Le traitement comprend les anti-histaminiques et l’arrêt temporaire de la vancomycine. Une reprise est possible en fractionnant les doses.

 

About the use of patient’s report and pictures in public journals…

While performing my daily routine of checking articles related to tattoo complications on Pubmed, i read with interest on the 30th of May the recent case report by Hendren et al about an exceptional case of lethal infection by Vibrio vulnificus after tattooing in a 31 yo male

Hendren N, Sukumar S, Glazer CS. Vibrio vulnificus septic shock due to a
contaminated tattoo. BMJ Case Rep. 2017 May 27;2017. pii: bcr-2017-220199.

To summarize this case report, it is the exceptional and unfortunate conjonctions of several factors: i) an immunocompromised patient with liver cirrhosis 2) who took a bath in the Gulf of Mexico, 3) several days after getting a tattoo on the leg. The tattoo wound acted as a door for the aquatic bacteria to lead to sepsis shock, intensive care unit and death of the patient 2 months after admission.

The article includes several pictures of the patient, including the « culprit » tattoo. As it is customary in a rising number of medical journal, a consent was obtain from the patient  for the use of the clinical information and picture for possible medical publication. The mention « patient consent: obtain » is stated at the end of the article.

 

 

In the field of medical publishing, it is well known that tattoos, as well as bracelets, rings, even manucure nails may allow patient ‘s recognition. It is customary to obtain the permissions to use the pictures of a patient for medical publications. More and more journals are now demanding a signed consent of the patients in case of recognizable picture during the submission process.

Robinson JK, Bhatia AC, Callen JP. Protection of patients’ right to privacy in clinical photographs, video, and detailed case descriptions. JAMA Dermatol. 2014
Jan;150(1):14-6.

 

However, we are talking here about publishing in medical/scientific articles, for which the access is usually limited to health care professional with institutional access (or private subscription. Lay people may read it as well in exchange of an access fee.  The clinical data and pictures remain restricted to a medical setting and not a mass media coverage.

I was rather surprised this morning to discover by a link sent by a friend of an article on cnn.com about that very case.

The case report has gone viral (as it is usually the case) over the internet

All the pictures of the BMJ Case report article are here reproduced. The journalist wrote « In a typical case study, patients are referred to by their initials. In this case, what happened was so rare, the authors declined to provide even that, to prevent anyone from figuring out his identity ». However, the (commemorative) tattoo displays some specificities such as a date and a text, so anonymity is not guaranteed

Of course, the BMJ case report website has a very comprehensive and detailed patient consent and confidentiality policy with a form to be signed (and smartly available in different language)

When a patient signs the BMJ consent, he agrees to 7 different points including the following;

2)  » The Information will be published without my name attached and BMJ Group will make every attempt to ensure my anonymity. I understand, however, that complete anonymity cannot be guaranteed. It is possible that somebody somewhere – perhaps, for example, somebody who looked after me if I was in hospital or a relative – may identify me »

However, in the BMJ consent, the point 5) draws some attentions 

5) « The Information may also be used in full or in part in other publications and products published by the BMJ Group or by other publishers to whom the BMJ Group licenses its content. This includes publication in English and in translation, in print, in electronic formats, and in any other formats that may be used by the BMJ Group or its licensees now and in the future. In particular the Information may appear in local editions of the journal or other journals and publications published overseas ».

To me, either from the point of view of a physician who writes medical articles or from those of a patient, the consent is not sufficiently clear. I would not think that by « other journals and publication published overseas », the BMJ actually mean the potential viral diffusion by internet through high-impact high-audience journal such as cnn.com, http://www.independent.co.uk etc…

As a reminder, last year, during summer 2016, Thorax, an other BMJ journal published an exceptional case report of lung inflammation in a bagpipe player, with media coverage that lead a few days later the patient’s family to learn the diagnosis, once the case was published.

 

In 2013, Hacard et al reported that 78% of the patients considered that the consent form should list all the possible uses of the images. Only 44,3% were favorable for the use in health magazines and 32% in websites.

Hacard F, Maruani A, Delaplace M, Caille A, Machet L, Lorette G, Samimi M.
Patients’ acceptance of medical photography in a French adult and paediatric
dermatology department: a questionnaire survey. Br J Dermatol. 2013
Aug;169(2):298-305.

The possible use of patients’ picture for large audience journals should clearly be distinguished from other academic uses/publishing and explained to the patients.

 

 

Le détatouage par destruction chimique: Le retour d’une méthode du XIXème siècle…

 

Dans un billet précédent, nous avions abordé le problème des crèmes de détouage, disponibles sur internet et qui sont au mieux toxiques pour le porte-monnaie, au pire responsable d’allergies de contact et parfois de brûlures chimiques.

Dans ce billet, nous allons aborder le problème de certaines techniques de détatouage du XIXème siècle qui connaissent un véritable revival depuis le début des années 2000. La destruction chimique ainsi que la mobilisation dans le derme des «particules colorées» sont en vogue à la fin du XIXème siècle. Un grand nombre de procédés a été publié, tous entrainant la « nécrose des tissus colorés » avec un modus operandi commun puisqu’il s’agit d’introduire avec des aiguilles à travers l’épiderme (donc de tatouer !) différents produits caustiques comme le « bioxalate de potasse » dans la méthode du Dr Jullien, « une solution de chlorure de zinc à 30 pour 40 d’eau » dans la méthode du Dr Brault (1901) ou 20% de sel ordinaire dissous dans de l’acide oxalique chez le Dr Martin (1900)… Le Dr Brunet, a développé lui une méthode qui « fait tomber l’épiderme par un vésicatoire à l’ammoniaque puis passe à plusieurs reprises le nitrate d’argent sur les lignes du tatouage ».

Les conséquences de ces méthodes sont imaginables : une « inflammation », une « escarrification des parties tatouées » ou une « nécrose » tissulaire suivi d’un processus cicatriciel de plus ou moins bonne qualité.

Bruno C. Tatoués, qui êtes-vous…? Editions de Feynerolles, Bruxelles, 1974

Kluger N. Le détatouage à l’aube du XXè siècle. Ann Dermatol Venereol 2010 Aug-Sep;137(8-9):582-4. 

 

La méthode du Dr Variot (1888)

La méthode de destruction chimique la plus connue reste probablement celle du Dr Variot. Gaston Variot est un pédiatre plus connu pour ses travaux dans le domaine de la puériculture, mais il a également travaillé sur les tatouages à l’époque où il exerçait à l’infirmerie centrale des prisons de Paris. Il publie en 1888 un procédé « assez simple et assez précis », bien toléré et sans complication. Il s’agit d’appliquer sur la peau tatouée une solution concentrée de tannin ; puis à l’aide d’un jeu d’aiguilles de faire des piqûres serrées sur toute la surface de peau à décolorer, introduisant ainsi le tannin dans le derme (où se trouve le tatouage). Dans un seconde temps, il passe fortement un crayon de nitrate d’argent. Très rapidement, le tatouage devient noir avec formation chimique de tannate d’argent. D’après Variot, le procédé est peu douloureux, suivie d’une réaction inflammatoire modérée et transitoire puis du développement « d’eschare mince, très adhérente » qui « se détache spontanément » au bout de deux semaines environ. Le résultat esthétique est bon selon Variot. Ce dernier a testé sur des prisonniers de la Santé. Cependant, Variot décrit n’être « arrivé à appliquer ce procédé si commode qu’après bien des tâtonnements » et il n’est pas possible de savoir combien d’échecs et de complications sont survenues avant que Variot ne trouve la bonne méthode. On apprend cependant que les tatouages à « l’acide acétique » et à « l’oxalate acide de potasse, avec une solution concentrée de nitrate d’argent au dixième ou vingtième » sont mal tolérés, douloureux et responsables d’ « eschares trop superficiels ».

Variot G. Nouveau procédé de destruction des tatouages. Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris 1888; 11: 480-483.

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Gaston Variot, fondateur de la puériculture, et aussi inventeur de la méthode éponyme de détatouage

L’e-raze®, skinial®, magicpen® etc… ou comment faire du neuf avec du vieux…

Depuis une dizaine d’années, des compagnies, surfant sur le boom du marché du détatouage, ont « redécouvert » ces méthodes et se sont mis à développer des procédés de destruction/extraction chimique à l’image de celle du Dr Variot, à savoir l’injection de divers produits dans le derme pour stimuler une réaction et l’explusion des encres. A ma connaissance, la première a été l’e-raze® (dévoloppée par Rejuvi Laboratory en Calfornie) qui a même fait l’objet d’une publication par son auteur en 2001.

http:/www.e-raze.com

Cheng W. A non-laser method to reverse permanent makeup and tattoos. Cosmet Dermatol 2001;14:47–50.

Depuis d’autres produits , avec par exemple l’injection d’acide lactique dans la peau, ont été développé, comme par exemple skinial, qui semble-t-il est disponible en France.

http://fr.skinial.com ; http://fr.skinial.com/resultats-avant-et-apres/

Alors pour les résultats avant – après, comme vous le voyez il y a bien une réaction escharotique nécrotique après injection du produit. On retrouve les classiques photos de qualité médiocre, surexposées et non reproductibles.

Mention spéciale pour ces deux produits/ le magic pen et le tatt2away… car ces deux procédés concurrents ont pour origine le même produit !

https://medicaldevices-bg.com/therapy-devices/magic-pen/

http://tatt2away.com

Et comme toujours, pour toutes ces techniques, il n’existe aucune publication scientifique sur l ‘efficacité ou l’innocuité de ces produits dans le détatouage, que ce soit seuls ou dans des études les comparant à un traitement standard par laser de détatouage.

 

Est-ce que ça marche au final ou pas ?

Il ne fait pas de doute que cette technique marche. Il s’agit d’une technique d’escarrification de l’épiderme et du derme tatoué qui aboutit à l’expulsion des pigments. Les vraies questions sont: quelle est leur efficacité réelle et quels sont les risques pour le client ?

Il ne faut pas oublier que quand Variot et d’autres développent ces techniques, ils n’ont rien d’autres à disposition. De plus, nous n’avons pas vraiment d’images des résultats finaux et de l’acceptabilité esthétique des résultats. On imagine bien qu’à l’époque les patients détatoués acceptaient plus facilement une cicatrice en l’absence d’alternative. Enfin n’oublions pas que les tatouages que traite Variot n’ont rien à voir avec les tatouages professionnels actuels ! Il s’agit de tatouages de prisonniers, de tatouages amateurs faits sans dermographe … et qui, d’ailleurs, partent habituellement facilement et posent peu de problèmes par laser. De plus, comme le mentionnent aussi bien Variot au XIXème siècle que l’inventeur de l’e-raze, le traitement a des bons résultats avec des « mains expérimentées » ! Bref on peut imaginer que cette technique peut peut être avoir une place dans de petits tatouages amateurs (genre mort aux vaches !) mais pour un tatouage professionnel étendu, je doute…

De plus, plusieurs cas de complications cicatricielles ont été décrites dans le littérature suite à l’usage de l’e-raze.

Veysey E, Downs AMR. Adverse side-effects following attempted removal of tattoos using a non-laser method. Br J Dermatol 2004; 150: 770–771.

Snelling A, Ball E, Adams T. Full thickness skin loss following chemical tattoo removal. Burns. 2006;32:387-388.  

Un cas de complication cicatricielle après usage d’un produit à base d’acide lactique pour détatouage a déjà été rapporté en 2015

Wollina U. Depigmentation and hypertrophic scars after application of a fluid lactic acid tattoo eraser. Wien Med Wochenschr. 2015 May;165(9-10):195-8.

 

Quel est la qualification officielle de ces produits ?

Il s’agit la du vrai problème. Honnêtement, je n’en sais rien. Ces procédés ne sont pas des médicaments, mais ils sont utilisés pour corriger les tatouages. S’agit-il de dispositifs médicaux et, dans ce cas, il y a un cahier des charges à respecter. Qui donnent les autorisations d’utilisation de ces produits et dans quelle indication ? Qui doit pratiquer ?est-ce au tatoueur (après lui sait tatouer, mais n’est pas médecin) ? à l’esthéticienne ? au médecin seul de disposer de ces produits (après tout ces techniques sont d’authentiques traitements développés par des médecins) ?

http://ansm.sante.fr/Produits-de-sante/Dispositifs-medicaux

De la même façon qu’une législation est cours pour les tatouages, il est temps pour le législateur de s’interesser à ce problème et de réguler ces produits, qui au final doivent respecter le même cahier des charges que les encres de tatouage, puisqu’il s’agit d’un tatouage de produits chimiques dans le derme.

Comme St Thomas d’Aquin, je ne crois que ce que je vois. Je ne saurais que conseiller d’en rester aux méthodes « traditionnelles » de détatouage, dans l’attente de preuves d’efficacité de ces produits et au risque de garder des cicatrices post-traitement.

 

Conflits d’interêt: pour être clair, je ne pratique aucun acte de détatouage à ce jour qu’il soit chirurgical ou par laser

Non, il n’y a (toujours) pas de crème (miracle) de détatouage à ce jour…

La nécessité de développer des procédés efficaces de détatouage s’est naturellement très rapidement imposée dès l’Antiquité. Les premiers témoignages de détatouage remontent vers le VIème siècle après JC, via un médecin grec, Aetius, qui décrit un procédé de salabrasion.

Dans un tatouage, les pigments et autres colorants qui donnent leur permanence aux tatouages sont localisés dans le derme, sous la couche de l’épiderme. Il apparait vite évident qu’un détatouage ne peut se faire sans des conséquences esthétiques et sans altérer la peau. Les difficultés techniques et les conséquences esthétiques étaient déjà connues au XIXème siècle. Ainsi, Variot et Morau écrivent en 1887 : « Le siège intradermique de la matière colorante rend parfaitement compte des tentatives infructueuses qui sont faites à l’aide de différents agents pour faire disparaître les tatouages. Un tatouage ne pourra donc être détruit qu’à la condition que toute la proportion dans laquelle il est situé soit détruite également ».

Variot G, Morau H. Etude microscopique et expérimentale sur les tatouages européens. Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, 1887; 10: 730-736.

Ainsi, seules 3 possibilités s’offrent aux médecins: 1) l’exérèse complète du tatouage (et de la peau tatouée) par chirurgie traditionnelle, 2) la destruction de l’épiderme afin de mettre le derme à nu (et donc le tatouage et les pigments): ce sont les techniques de destruction thermique par la chaleur, dermabrasion à la meule, de la salabrasion, mais aussi les techniques d’extraction chimique par injection de produits caustiques dans la peau tatouée et 3) la stimulation de l’élimination de pigments dans le derme par l’organisme lui-même.

De nos jours, seules deux techniques de détatouage sont principalement utilisées

1) l’exérèse chirurgicale de la peau tatouée

Il s’agit d’une technique radicale, efficace à 100%, mais au prix d’une cicatrice. Elle n’est adaptée que sur des petits tatouages sur des zones de peau suffisamment taxes. Parfois, certains patients motivés acceptent des chirurgies en plusieurs temps.

Certains proposent également un shaving au dermatome. Le chirurgien pèle la peau à la manière de fines tranches de jambons (sous anesthésie évidemment), jusqu’à atteindre le tatouage et favoriser l’expulsion des pigments via la plaie ouverte.

2) le détatouage laser (type Q-switched nanosecondes et les nouveaux lasers picosecondes, plus rarement les lasers CO2).  Le détatouage laser est efficace, mais dont l’efficacité à 100% n’est pas garantie; traitement long, avec des séances qui peuvent être douloureuses et avec un certain coût.

Les techniques de salabrasion et de dermabrasion ont été abandonnées en raison des cicatrices. Quant aux techniques d’application ou d’injection de produits caustiques dans la peau, elles étaient en vogue au XIXème siècle et ont perduré jusque dans les années 90. Le laser de détatouage s’est placé comme la première méthode de détatouage. Pour ces dernières techniques, nous y reviendrons dans un prochain billet.

Il n’existe donc pas à ce jour de méthodes de détatouage qui soit à la fois rapide, efficace, peu cher et sans effets indésirables.

 

La crème miracle n’existe (toujours) pas !

Malheureusement Internet a vu se développer un marché parallèle de crèmes de détatouage exploitant la naïveté (et le porte-monnaie) de certains…

Reprenons: pour qu’une hypothétique crème de détatouage puisse marcher, il faudrait que le produit actif contenu dans la crème (ou la pommade) appliquée sur la peau soit : 1) absorbée par l’épiderme, 2) traverse la membrane basale (ou jonction derme-épidermique), 3) arrive intacte et toujours dans le derme, 4) ait une action sur les pigments du tatouage qui sont soit contenu dans les cellules macrophagiques, soit dans des cellules dites fibroblastes et mais aussi parfois libres entre les espaces de collagène. Cette crème devrait stimuler l’immunité à « manger » du pigment ou à favoriser sa destruction in situ et tout celà SANS EFFET SECONDAIRE s’il vous plait.

Alors évidemment, il ne suffit pas d’appliquer la crème.  On vous explique qu’il faut réaliser une exfoliation avec une éponge ou un dispositif électrique (bref décaper l’épiderme pour faire pénétrer la crème… on en revient donc à la nécessité de faire sauter l’épiderme). Pour mémoire, Alexandre Lasagne médecin Lyonnais du XIXème avait rapporté d’excellents résultats en frottant le peau tatouée avec une toile émeri

On retrouve sur les sites des photos de qualité médiocre, peu reproductibles, floues, et retouchées pour certaines. Dans mon expérience, pire, certains n’hésitent même pas à fournir des faux-documents de pseudo-études pour vanter leur crème (véridique, j’ai les documents).

La composition de ces encres révèle souvent la présence d’agents éclaircissants (comme l’acide kojique…) ou d’acide salicylique (que l’on utilise pour décaper les verrues en dermatologie)… Ainsi, l’effet « éclaircissant » que l’on peut apercevoir sur les photos « après » sur les sites commerciaux n’est pas un effet direct sur le tatouage, mais un éclaircissement de surface de la peau. Comme toute crème appliquée sur la peau, un risque d’allergie de contact à un des ingrédients est possible… Nous avons rapporté il y a quelques années le cas de deux patients qui s’étaient brûlés la peau en voulant se détatouer en usant des crèmes verrucides à base d’acide salicylique. Un autre patient de la littérature s’est lui brûlé en utilisant de l’acide trichloro-acétique disponible en ventre libre à but de détatouage (l’acide trichloro-acétique a été effectivement proposé comme traitement à la fin de années 80).

Kluger N, Koljonen V. Chemical burn and hypertrophic scar due to misuse of a
wart ointment for tattoo removal. Int J Dermatol. 2014 Jan;53(1):e9-11.

Une crème prévue pour dans 10 ans… ?

Et oui, il faut prouver scientifiquement l’efficacité de ces produits. A ma connaissance, aucune des soi-disant crèmes disponibles sur Internet n’a fait l’objet d’aucune étude clinique publiée dans un journal scientifique, ni démontrée une efficacité dans le détatouage.

Mais, rappelez-vous en 2015,… gros buzz d’Alec Falkenham, un PhD canadien, qui affirmait avoir développé une crème de détatouage miraculeuse,… Communiqué de presse sans aucune photo, aucun produit, aucune molécule… on apprenait juste que la crème avait été testée sur des oreilles de porcs (!). Gros emballement sur Internet comme d’habitude, la crème « va sortir » (SIC!).

Alec Falkenham est un vrai chercheur (ci joint sa liste de publication dans pubmed) et il travaille sur les macrophages (ces cellules qui arrivent dans la peau pour tenter de manger les pigments). Son buzz avait donc probablement pour but de lever des fonds ou de trouver une compagnie intéréssée.

Et bien depuis 2015, quoi de neuf? Sans surprise une compagnie pharmaceutique ( nommée Cipher prescription drugs) a acheté les droits sur le produit de Falkenham, dénommé Bisphosphonate Lipsomal Tattoo Removing (BLTR) pour le développer. Il faudra cependant attendre presque 10 ans de tests, d’études et d’autorisations avant de voir cette crème de détatouage sur le marché SI elle confirme son efficacité et son innocuité…

La crème de détatouage, ce n’est pas pour demain, et le laser et la chirurgie ont encore de beaux jours devant eux….

donc rappelez-vous….

Think

 

Pour en savoir plus

Kluger N. The risks of do-it-yourself and over-the-counter devices for tattoo
removal. Int J Dermatol. 2015;54(1):13-8. 

Ouverture d’une consultation médicale spécialisée « tatouage » sur Paris

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D’après le sondage tout récent publié par l’IFOP en partenariat avec le syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT), 14% des français arboreraient au moins un tatouage. Ce chiffre est en (légère) augmentation par rapport au sondage IFOP-Ouest France publié en 2010 qui retrouvait un chiffre de 10%. Le succès du tatouage en France est grandissant, à l’image du mondial du tatouage qui attire plus de monde chaque année (30 000 visiteurs en 2017). Ajoutons à cela la couverture médiatique dans les journaux papiers et télévisés, le tatouage restant quand même un marronnier depuis quelques années…

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Alors je dis augmentation « légère » car aux Etats-Unis le dernier chiffre, publié début 2016, monte à presque 30% des américains (!) selon le Harris Poll. Ceci dit 14% des français sont tatoués, je vous laisse faire le calcul en valeur absolue du nombre de français tatoués par extrapolation avec les chiffres de l’INSEE.

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Aux alentours de 2006 – après m’être occupé de mon patient « zéro » (comprendre par: mon « premier » patient tatoué venu en consultation pour un problème dermatologique sur ses tatouages) – j’ai commencé à m’intéresser aux différents problèmes de santé associés aux modifications corporelles, tatouages en tête. Les questions étant qu’avec la popularité grandissante du tatouage depuis le début des années 2000 des tatouages: y aurait-il une augmentation des complications et y aurait-il des nouveaux problèmes en vue ?

Kluger N, Bessis D, Raison-Peyron N, Guillot B. Tatouages permanents: de nouvelles complications au XXIè siècle. Presse Med. 2006 Nov;35(11 Pt 1):1598-600.

Avec l’augmentation du nombre de tatoués, mathématiquement le nombre de clients tatoués avec des problèmes sur un de leurs tatouages a augmenté depuis 2006, sans que l’on puisse donner des chiffres précis. Avec le temps, je me suis mis à recevoir de plus en plus de mails de médecins ou de tatoueurs. S’ajoute une augmentation du nombre de publications dans la littérature médicale. Il est apparu que d’un côté la demande augmentait du côté des personnes tatouées avec des problèmes sur leurs tatouages. Oui, certains clients tatoués en bonne santé sont devenus des patients qui nécessitent comme tout autre patient une consultation médicale. Cependant, les médecins, dermatologues ou non, sont parfois en difficulté pour donner des réponses adéquates aux questions des patients, aussi bien en terme d’explications physiopathologiques, d’attitude diagnostique ou de proposition thérapeutique. De plus, nous, médecins, essayons aussi de comprendre pourquoi certains clients font des réactions allergiques sur tatouage (entre autres). La recherche avance mais lentement. En 2013, une société de recherche a été créé: La European Society on Tattoo and Pigment research (ESTP). Elle a pour but de promouvoir la recherche clinique et fondamentale en association médecins, chercheurs, fabricants d’encres, tatoueurs (si, si) et législateurs ensemble.  J’en suis le vice-président depuis 2013.

En attendant, sur le terrain, les médecins généralistes, les dermatologues, mais aussi des tatoueurs, des patients et d’associations de malades nécessitent une aide spécialisé. Face à cette demande qui semble croissante, il n’existe que peu de consultations spécialisés. A notre connais, il en existe une au Danemark ou une toute récemment ouverte à Amsterdam, aux Pays-bas. Il en existe probablement d’autres en Europe, notamment en Italie. Pour la France, à ma connaissance, il n’existait pas jusqu’à ce jour de consultation spécialisé. Au début des années 2000, les infectiologues de l’hôpital Rothschild à Paris avaient collaboré avec les perceurs surtout.

Nous avons donc décidé cette année d’ouvrir une consultation spécialisée dédiée aux complications sur tatouages permanents à la consultation de dermatologie du service du Pr Descamps de l’hôpital Bichat – Claude Bernard à Paris (46 Rue Henri Huchard, 75018 Paris, ).

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Elle prendra la forme d’une vacation mensuelle, 1 vendredi par mois, durant laquelle les médecins (et possiblement les tatoueurs eux-mêmes) pourront adresser leurs patients avec des complications associées aux tatouages. Le but de cette consultation est bien sur de diagnostiquer et traiter les patients mais également de centraliser les cas et d’essayer de mieux comprendre les raisons pour lesquelles  un individu développe une réaction et pas un autre. En revanche, il ne s’agit en aucun cas d’une consultation pour détatouage (la liste des dermatologues ayant un laser est disponible sur le site du syndicat des dermatologues), ni d’une consultation « conseil » tout venant à n’importe quelle personne en bonne santé qui souhaite se faire tatouer (ou se faire décourager).

Cette consultation sera probablement et certainement amenée à évoluer en fonction de son succès ou non. Nous espérons qu’elle permettra d’aider évidemment les patients mais également de faire avancer notre compréhension des complications sur tatouage pour les prévenir et rendre le tatouage plus sur.

Lien vers le service http://hupnvs.aphp.fr/liste-des-specialites/dermatologie-bichat/

 

Du mythe de l’«allergie» à l’iode

Pas plus tard qu’avant-hier, ce mardi 7 Mars 2017, durant un topo dans le service sur les plaies et cicatrisations,  ne voilà-t-il pas que j’entends (et je lis) sur une slide écrit en rouge, s’il vous plaît, la nécessité de ne pas appliquer le iodosorb chez un patient avec une allergie à l’iode. Le iodosorb est un pansement des laboratoires Smith et Nephew qui comme son nom l’indique, contient de 0,9% d’iode. Ce produit n’est pas à ma connaissance disponible en France. Mais, ce n’est au final pas vraiment le problème. Le problème, c’est la référence explicite à l’« allergie à l’iode ».   Pis durant la réunion, où étaient présents de nombreux dermatologues, internes et infirmières, personne n’a bronché.

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« Le iodosorb peut-il être utilisé chez des patients sensibilisés à l’iode ? Réponse: Non, celà n’est pas recommande »

 

Que des compagnies pharmaceutiques sortent le parachute, bon… mais il est quelque peu dommageable qu’en 2017 le concept d’allergie à l’iode soit encore colporté dans le milieu universitaire…

La croyance en l’allergie à l’iode est responsable de craintes et d’attitudes d’éviction médicamenteuse ou alimentaire inutiles et délétères.

En effet, l’évolution des connaissances a amené à ne plus considérer comme liées à une « allergie à l’iode » les réactions survenant après injections de produits de contraste autant qu’après la prise d’autres médicaments ou la consommation de crustacés.

Une très jolie revue a été publiée en 2015 dans la Presse Médicale [1].

 

Les aliments naturellement riches en iode sont les mollusques, les poissons de mer, les poissons d’eau douce, les algues, suivies… du lait et des produits laitiers et fromagers. Quant à notre sel de table, il est enrichi en iode depuis les années 50 dans le cadre de la politique de santé publique de lutte contre la carence en iode…

Les allergies alimentaires aux poissons, mollusques, ou algues ne sont pas liées à l’iode et les allergènes en causes ont été bien identifiées.

Concernant les réactions médicamenteuses avec des médicaments contenant de l’iode, en aucun cas l’iode n’a été imputée dans aucune réaction aiguë médiée par les IgE ou retardée. Le schéma suivant est insipiré de l’article  de la Presse médicale [1]. Les allergènes précis impliqués dans les réactions aux PCI ne sont pas identifiés , mais les tests allergologiques confirment que l’iode n’est pas responsable.

Allergie a l'iode

Allergie a l’iode

 

 

Messages – clés [1]

  • L’iode n’est pas impliquée dans les réactions aiguës ou retardées pour les médicaments contenant l’iode
  • Une allergie à un produit de contraste iodé n’est pas une contre-indication À l’application de povidone iodée (et réciproquement)
  • Une allergie à un fruit de la mer ou un poisson n’est pas une contre-indication à la prise d’une médicament iodé

 

Référence

Dewachter P, Mouton-Faivre C. Allergie aux médicaments et aliments iodés : la séquence allergénique n’est pas l’iode. PresseMed 2015;44:1136—45.

 

Autres lectures 

Dewachter P, Tréchot P, Mouton-Faivre C. « Allergie à l’iode » : le point sur la question. Revue Francaise d’allergologie et d’immunologie clinique 2005;45:476-488

Amsler E, Autegarden JE, Senet P, Frances C, Soria A. Récidives de toxidermies après nouvelleinjection de produit de contraste iodé chezdes patients allergiques connus. Ann Dermatol Venereol 2016;143:804-807. 

Sémiologie dermatologique (VI): les particularités de la peau sombre

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Peau noire, marron ou sombre ? Peau ethnique

Tout d’abord commençons par une constation: la peau dite « noire » n’existe pas. Il n’existe qu’une grande variation de « marron » au sein de la carnation de la peau qui est dépendante de la quantité de mélanine. Dans la littérature médicale, il est actuellement accepté de parler uniquement de « peau (dite) sombre » (dark skin ou dark skinned individuals) et non plus de peau noire.

La classification de Fitzpatrick des différents phototypes cutanés est une classification des peaux blanches qui ne laissent au peau sombre que 2 phototypes (le V et le VI)

La peau « ethnique » est un terme qui est également apparu dans la littérature médicale. Ce n’est pas un terme parfait, mais il illustre que les facteurs génétiques, environnementaux, comportementaux et socio-économiques sont tous aussi important dans la physiologie de la peau.

Des avantages de la peau sombre

Les avantages sont bien connues: une meilleure tolérance à l’exposition aux ultra-violets avec des coups de soleils et des dermatoses photo-induites exceptionnels et une photo-vieillissement limité, des risques de cancers photo-induits rares et de façon général, un aspect plus jeune des individus âgés.

Le diagnostic sur peau sombre: un challenge diagnostique…

Alors oui les diagnostics de lésions sur peau sombre est un challenge. Il existe des variations dans l’aspect clinique, notamment 4 points principaux

  • L’absence d’érythème (rougeur)
  • Des modifications pigmentaires plus sévère et prolongées
  • La survenue d’hyper ou d’hypopigmentation post-inflammatoire
  • Les maladie de la dépigmentation

S’ajoutent à cela 2 autres aspects

  • Il existe effectivement des dermatoses propres à la peau sombre (dermatosis papulosis nigra, ainhum,…)
  • Les soins locaux et les pratiques culturelles peuvent influencer les lésions, comme par exemple l’alopécie de traction liée aux tresses ou la dépigmentation volontaire

 

Un diagnostic plus difficile, certes, mais pas impossible

L’érythème

  • Tout d’abord il faut savoir que même si l’érythème n’est moins visible, il le reste tout de même, notamment sur les zones moins sombres comme les paumes et les plantes ou si le patient présente une hypochromie
  • L’érythème n’est pas rouge mais devient violacé ou ardoisé dans certaines maladies comme le psoriasis ou une érythrodermie
  • Il apparait grisâtre en cas de maladie touchant l’épidémie comme un lichen ou un pitiriasis rosé…
  • Mais surtout la reconnaissance d’un érythème n’est en rien nécessaire pour tous les diagnostics. Le terrain, la topographie des lésions et les autres lésions cutanées sont autant d’indication pour passer un diagnostic d’acné, d’érysipèle, de zona ou d’érythème noueux…

Le purpura et le livedo

  • Malheureusement pas grand chose à faire pour le livedo et le purpura qui restent difficilement identifiables par eux-mêmes

L’hyperpigmentation

  • L’hyperpigmentation sur peau sombre peut survenir au cours de n’importe quelle dermatose, d’autant plus que la dermatose est chronique.
  • Il existe 3 pathologies pour lesquelles l’hyperpigmentation reste assez caractéristiques: l’acné, le lichen plan et le prurigo
  • Si elle n’est pas un signe utile à but diagnostique, elle n’est reste pas moins la principale cause de consultation chez les patients !

L’hypopigmentation

  • L’hypopigmentation et la dépigmentation sont en revanche des signes importants qui ouvrent la porte à de nombreux diagnostics comme le vitigo, la lèpre, la sarcoïdose etc.

 

 

Il est fondamental de se souvenir qu’en consultation dans les pays développés en Europe, les principaux motifs de consultations des patients avec une peau sombre sont identiques à ceux des patients avec une peau blanche: acné; eczéma, psoriasis ou mycose…  les consultations pour des dermatoses spécifiques restent somme toute rare.

 

Pour en savoir plus

Mahé A. Dermatologie sur peau noire. Editions Doin

 

Les dermatoses chroniques et les stratégies d’adaptation

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La peau joue un rôle fondamental dans nos rapports avec l’extérieur, tout particulièrement avec l’autre, dans la structuration de notre psychisme et dans la genèse des comportements psychopathologiques [1]. La peau détermine notre apparence. Cette dernière est devenue fondamentale de nos jours dans une société où les critères de beauté, véhiculées par la mode et les média, incluent – entre autres – une carnation parfaite. Elle influence considérablement la perception de notre image auprès des autres, notre communication sociale et notre sexualité [2].

Au-delà de l’inconfort physique et de la gêne occasionnés par certaines d’entre elles, les dermatoses chroniques peuvent influer directement sur la vie personnelle et sociale d’un individu : émotions négatives (honte, embarras, anxiété…) ; perte de confiance en soi, sentiment d’infériorité, de discrimination, de stigmatisation… Par ailleurs, les facteurs psychologiques peuvent être en soi des facteurs déclencheurs/aggravants de poussées de la maladie à travers des mécanismes psychosomatiques entrainant un véritable cercle vicieux [3].

 

Les stratégies d’adaptation 

Vivre avec une dermatose chronique implique toute une série de mesures d’adaptation pour rééquilibrer sa vie. Il s’agit du « coping » (littéralement les stratégies de « débrouillage ») [4]

Porter et al [5] ont ainsi défini 3 stratégies d’adaptation sur une série de patients

La maitrise active (active mastery, 20% des sujets) : les patients sont conscients de leur maladie et essayent de comprendre leur maladie avec ainsi moins d’embarras.

L’acceptance passive (passive acceptance, 40% des sujets) : les patients acceptent leur maladie mais l’ignorent totalement. Ces sujets ne sont pas particulièrement gênés par leur maladie et de ce fait ne le cachent pas spécifiquement (vêtements, maquillage).

L’absence d’adaptation  (poor adjustment, 40% des sujets) : les patients n’arrivent pas « à se faire à leur maladie », à l’accepter, si bien qu’il s’en suit de nombreuses manœuvres de protection (retrait de la vie sociale, nombreux d’efforts de camouflage) et un retentissement psychique important.

Ces mesures d’adaptation sont directement corrélées au niveau d’estime de soi. Cette dernière est importante dans la gestion par le patient du vitiligo. Il est clair que les personnes avec une estime de soi importante sont plus aptes à gérer les effets de ce handicap physique. Cela s’observe au sein des groupes cités précédemment. De plus, en comparaison au psoriasis, les patients avec un vitiligo ont un meilleur ajustement, cela se reflétant par des réponses sociales et un inconfort physique moins important que dans le psoriasis [5].

Plus récemment, deux stratégies ont été identifiées sur une toute petite série de 7 patientes avec un vitiligo. Ces stratégies peuvent varier dans le temps, selon le contexte et les évènements intercurrents [6].

La stratégie comportementale (behavioural strategies) est marquée par l’évitement des situations, ce qui a un effet bénéfique à court terme mais résulte en une limitation des activités.

La stratégie cognitive (cognitive strategies) vise à modifier la manière dont les patients eux-mêmes perçoivent le fait qu’ils soient différents et leur interprétation du comportement des autres. Cette dernière aboutit à une acceptation de la différence au long cours de la situation mais au prix d’un travail quotidien.

Enfin, le rôle de l’autre est également non négligeable. En effet, la discrimination et la perception de la stigmatisation ont un effet direct sur l’ajustement [4].

 

Références

  1. Hautmann G, Panconesi E. Vitiligo : a psychologically influenced and influencing disease. Clin Dermatol 1997; 15: 879-90
  2. Porter J. The psychological effects of vitiligo: response to impaired appearance. In: Hann SK, Nordlund JJ, eds. Vitiligo: a monograph on the basic and clinical science. Blackwell Science, Oxford, 2000: 97-100
  3. Picardi A, Abeni D. Stressful life events and skin diseases: disentangling evidence from myth. Psychother Psychosom 2001; 70:118-136
  4. Ongenae K, Beelaert L, van Geel N, Naeyaert JM. Psychosocial effects of vitiligo. J Eur Acad Dermatol Venereol 2006;20:1-8
  5. Porter JR, Beuh AH, Lerner AB, Nordlund JJ. Psychosocial effect of vitiligo: a comparison of vitiligo patients with normal subjects, with psoriasis patients, and with patients with other pigmentary disorders. J Am Acad Dermatol 1986; 15:220-224
  6. Thompson AR, Kent G, Smith JA. Living with vitiligo: dealing with difference. Br J Health Psychol 2002;7:213-225

 

Ce texte est extrait d’un article publié dans Images en dermatologie en 2008: Kluger N. Retentissement psychosocial du vitiligo et des autres dépigmentations cutanées. Images en Dermatologie 2008;1(3):106-109.

Hematidrosis misdiagnosed as religious stigmata: demystifying an old Guinness world record case

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Hematidrosis (haematidrosis, hematohidrosis, or simply sweats of blood) is a rare condition that deserves to be known by clinicians in order to avoid unwarranted exams, to reassure the patient and family members and lastly avoid wrong interpretations as it may mislead pious individuals. Cases of hematidrosis are rare, but been recorded during the XIXth and the XXth century [1].  The number of reported cases has increased due to a better recognition [2-6]. Some case of the past have most likely been misinterpreted as religious stigmata, with potential consequences on the patient’s psyche and keep alive a form of public fantasy on this intriguing phenomenon as illustrated by numerous books on that topic [7]. In this respect, I wish to revisit a case of “religious stigmata” reported 40 years ago that was most likely a case of hematidrosis [8].

In 1974, an unusual case of “stigmata” in an otherwise healthy 10-year-old Afro-American Baptist girl was reported in the Archives of General Psychiatry [8]. In fact, Cloretta Robinson, is still considered to be the first case of “non-Catholic” stigmatic according to the Guinness world record [9].

Briefly, she developed episodes of bleeding of the palms and feet mainly, but also of the forehead and the right thorax, 3 weeks prior to Easter Sunday.  Bleeding episodes were spontaneous, transient, on normal skin, lasted a few minutes, without any feelings of ecstasy or rapture and stopped after Good Friday. Laboratory findings were unremarkable. No cytology was performed on the dried blood. Lack of any underlying lesions and various witnesses during the bleeding ruled out self-inflicted lesions. Transient limited auditory hallucinations were reported, but no psychotic or neurotic disease was diagnosed. The girl displayed a high religiosity, but had no knowledge of the stigmata phenomenon or St Francis of Assisi before the beginning of the symptoms.  The final diagnosis was “a psychological induced bleeding (…) during a time of intense religious preoccupation”. The girl never developed any new recurrent episode after the Good Friday of the year 1972. The next Easter was uneventful.

The diagnosis made by Early & Lifschutz was close to the reality, and their clinical description matched perfectly the diagnosis of “hematidrosis” [1-6]. Interestingly the authors used unconsciously the term “wet blood” in their description. Hematidrosis is usually triggered by an intense emotional stress such as fear of death or a violent trauma (rape attempt, witness of abduction or of the murder of someone…). No such stress was found here. However, before the episode, the girl had read a religious book and watched a television movie, both about the Christ’s crucifixion. Both had deeply involved her emotionally [8]. Besides, during one appointment with the physician, she drew pictures of St Francis of Assisi from a book she had brought with her [8]. The authors did not mention how did she get such book, but one can assume that an adult may have made a link between her symptoms and St Francis of Assisi and given her a book about him. As a consequence, she identified with him. Overall, such factors added to the proximity of Easter Sunday and a strong personal and familial religiosity may have precipitated a form of stress which would have triggered hematidrosis. It appears then understandable that the “evocative” bleeding localization, in a context of religiosity, may have easily misled devotes into wrong interpretations.

This case illustrates that nowadays cases of “stigmata” can be explained in the light of modern medicine.  “Spontaneous” does not mean necessarily “miraculous”, even in a pious environment.

References

  1. Zubige FT. The Crucifixion of Jesus, Completely Revised and Expanded: A Forensic Inquiry. New York, NY : M. Evans and Company, Inc. 2005
  2. Holoubek JE, Holoubek AB. Blood, sweat and fear. « A classification of hematidrosis ». J Med 1996;27:115-133.
  3. Kluger N, Cribier B. Stigmata: From Saint-Francis of Assisi to idiopathic haematidrosis. Ann Dermatol Venereol 2013;140:771-7.
  4. Manonukul J, Wisuthsarewong W, Chantorn R, Vongirad A, Omeapinyan P. Hematidrosis: a pathologic process or stigmata. A case report with comprehensive histopathologic and immunoperoxidase studies. Am J Dermatopathol. 2008;30:135-139.
  5. Uber M, Robl R, Abagge KT, et al. Hematohidrosis: insights in the pathophysiology. Int J Dermatol 2015;54:e542-3.
  6. http://biomedicales.blogs.sciencesetavenir.fr/tag/stigmates [accessed 12.12.2016]
  7. Harrisson T. Stigmata: A Medieval Mystery in a Modern Age. Penguin books, 1993.
  8. Early LF, Lifschutz JE. A case of stigmata. Arch Gen Psychiatry 1974;30:197-200.
  9. First known stigmata. http://www.guinnessworldrecords.com/world-records/first-known-stigmata [accessed 24.10.2016]

L’homme qui déclenchait les scanners à l’aéroport

Depuis quelques années, surtout dans les aéroports américains, l’utilisation des scanners corps entier à ondes millimétriques lors du contrôle aux portes s’est généralisé.

Un homme de la cinquantaine habitué à voyager 2 fois par semaine dans tous les Etats-Unis pour son travail se voit devoir subir une fouille au corps (le fameux « pat down ») après que le scanner indique un signal sur sa jambe gauche. Et puis, le même scénario va reproduire pour une vingtaine de vol où quasi-systématique le même signal indique à la sécurité de faire une fouille.

Au final, le patient finit par examiner sa jambe et note une lésion nodulaire différente des autres qu’il va montrer à un dermatologue. La lésion est suspecte, retirée et analysée. Il s’agit bien d’un mélanome, une tumeur maligne, épaisse de 1,2 cm. Une fois le mélanome pris en charge et complètement retiré. Les 40 vols suivants se sont passés sans jamais déclenché le scanner.

Mayer JE, Adams BB. Nodular melanoma serendipitously detected by airport full body scanners. Dermatology. 2015;230(1):16-7

Lien vers l’article en accès gratuit

Un second cas similaire a été rapporté cette année chez un britannique, qui finalement à eu la chance d’aller aux Etats-Unis. Le scanner a détecté un signal suspect dans le dos. Les membres de la sécurité ont eu la présence d’esprti de regarder le dos du voyageur et lui ont conseiller de prendre contact avec un médecin à son retour. Un mélanome très épais de plus de 2 cm a été retiré.

Caine P, Javed MU, Karoo RO. A desmoplastic melanoma detected by an airport security scanner. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2016 Jun;69(6):874-6.

Il semble donc que les scanners corps entier des aéroports puissent avoir un intérêt dans le dépistage de lésions suspectes, au moins assez épaisses…